Mon Post-Partum

grossesse chamboulement envolée

Grossesse, maternité, et post partum: Quel chamboulement, quelle envolée…

Je vais raconter mon histoire qui n’est qu’une histoire parmi tant d’autres. Et pourtant lorsque j’étais en congé maternité face à ce nouveau rôle qui me déstabilisait je me sentais si seule. Aujourd’hui, malgré l’explosion de connaissances sur la maternité et le post partum, j’ai la triste sensation que les femmes n’ont jamais été si seules face à tout ces chamboulements. La pression de la société à être une maman performante malmène tellement les jeunes mamans, car elles ont sans arrêt la sensation de ne pas être à la hauteur….


La grossesse


J’ai toujours idéalisé la grossesse et la maternité. Lorsque nous avions décidé avec mon compagnon de lancer le « projet bébé », je fantasmais sur l’idée d’avoir un joli ventre rond et de sentir mon bébé grandir et vivre à l’intérieur de moi. J’ai eu une belle grossesse. Sans complications, sans inquiétude. Mais dans le fond je pense que le fantasme de la grossesse était tel que la réalité n’a pas été à la hauteur de ce que j’attendais.


Le 3 juin 2019, 3 semaines avant la date prévue, j’ai perdu les eaux au boulot, en pleine réunion. Pétrifiée par ce que je ressentais, je n’ai pas bougé, ignorant le fait que le travail commençait. Il m’a fallu 30 minutes pour appeler mon mari et lui demander de venir me chercher pour aller à l’hôpital. Je voulais juste faire un petit monitoring pour s’assurer que bébé allait bien.

Je ne réalisais pas que mes contractions étaient fortes et régulières et que le bébé n’allait pas tarder à venir. Le travail a été intense. Les contractions horriblement douloureuses. Elles étaient longues et s’enchainaient. Je n’avais pas de temps de récupération. J’ai demandé la péridurale qui a été salvatrice car j’ai pu profiter doucement des dernières heures de travail avec mon mari. La poussé a été rapide, sans trop de difficultés en somme. Accouchement de rêve. 15 min plus tard, Jeanne était là.


Le quatrième trimestre


Le rapport au corps déchiré

Les jours qui ont suivi l’accouchement ont été extrêmement difficiles. Dès le lendemain, j’ai caressé mon ventre qui s’était aplati. J’ai pleuré à l’hôpital. Moi qui avais tellement attendu ce ventre. J’ai eu l’horrible sensation qu’on m’avait arraché la fin de ma grossesse. Mon ventre était comme une coquille vide toute molle…Plus de muscles, des organes éparpillés dans tous les sens et plus de bébé… ces sensations sont vraiment étranges.


Les pertes de sang pendant des semaines, le sexe déchiré, les points de suture, les douleurs au niveau du clitoris à cause d’une irritation à l’urètre causée par la sonde urinaire, m’ont empêchée de me sentir bien avec ce nouveau corps. La montée de lait a été extrêmement douloureuse. Je faisais partie de ces femmes, contrairement à ce que j’imaginais, qui avait trop de lait. Ça débordait sans cesse. Dès que j’enlevais mon soutien-gorge le lait partait en jet. La nuit, je devais me changer car j’étais trempée. Je devais parfois interrompre mes discussions en journée pour aller vider mes seins dans l’évier. Bien sûr, à cela s’est rajouté les crevasses aux deux seins qui tardaient à cicatriser.

J’ai eu mal pendant 6 semaines consécutives lorsque j’allaitais. J’avais l’impression que des couteaux me transperçaient la peau à chaque fois que je la nourrissais. Je n’ai pas pu tirer mon lait au départ pour éviter l’engorgement. Et dès que je l’ai fait pour pouvoir « souffler un peu », j’ai eu une mastite au sein droit. Je n’ai vraiment pas apprécié mon allaitement. Ça m’a épuisé, angoissé et je n’arrivais pas à retrouver mon corps. J’étais vraiment perturbée.


D’un coup on est projeté dans la maternité. Bouleversement intense et chargé en émotions et qui nous envoie à des années lumières de la féminité. Il faut des mois pour se réapproprier sa féminité, se sentir femme et plus seulement une maman nourricière.


Le congé maternité


Ces 3 mois de « congé » maternité que j’attendais tellement de vivre ont été horribles pour moi. Je m’imaginais lové dans mon canapé avec mon bébé dans les bras. Je m’imaginais être la mère que j’avais en tête, heureuse et épanouie. Mais la réalité est tellement loin des images que la société m’a présenté depuis mon plus jeune âge.

J’avais si peur des pleurs de mon bébé. J’avais si peur de ne pas la comprendre, de ne pas pouvoir répondre à ses besoins. J’étais sur le qui-vive en permanence. Hypervigilance et manque de confiance en moi….

Voilà sur quoi j’ai construis le début de ma maternité. J’ai commencé à vouloir tout noter, tout calculer (sommeil, tétées). Je voulais avoir l’impression d’avoir le contrôle, de sentir que je maîtrisais. Sans arrêt, je me répétais que je n’étais pas une bonne mère, je me sentais triste et honteuse. Car j’aimais mon bébé. Mais d’une certaine manière je lui en voulais de me faire me sentir comme ça, de me priver de mon sommeil, de compter moins qu’elle et d’avoir pris ma liberté…A chaque fois, elle devait passer avant moi, à chaque tétée je le vivais comme une frustration. Les quelques moments de répits, je m’imaginais être sans enfant…Je n’avais qu’une envie, reprendre mon travail et me retrouver.

Les entraves pour endosser ce rôle de maman
Les 8 premières semaines étaient déjà difficiles. Mais après il y a eu un reflux important chez ma petite fille, un allergie à la protéine de lait de vache, des difficultés pour la nourrir, des problèmes avec ses plaquettes, la tête plate, les nuits hachées…Tant de petits « couacs » qui m’ont affaibli. Rendez-vous chez le kiné, l’ostéopathe, le pédiatre, les urgences, les prises de sang…Je n’arrêtais pas d’envier toutes les mamans que je croisais au parc avec leur enfant qui
dormait, qui mangeait sans problème. Je me disais que si il n’y avait pas eu tout ça tout aurait été plus simple….


Le post partum


Les mois qui ont suivi le congé maternité ont été dédiés à la santé de mon bébé. Il fallait qu’elle aille mieux…En attendant, je n’ai pas réalisé à quel point je n’allais pas bien. Une fois qu’elle a fait ses nuits (12h d’affilée sans réveils), qu’elle n’avait plus de traitement, je me suis littéralement effondrée. Tout mon système de sécurité était chamboulé. Je ne dormais plus. 3 semaines après des nuits sans sommeil, je me suis retrouvée chez le psychiatre. J’ai fait un long travail pour arriver à me pardonner. Pour arriver à normaliser tout ce que j’avais ressenti. A me retrouver moi en tant que femme, épouse, amie sœur. A prendre du temps pour moi et rien que pour moi. Aujourd’hui, je sais que pour prendre soin de son enfant, il faut AVANT TOUT prendre soin de soi. Cela implique parfois de passer avant son enfant.

Le retour à une vie normale

Aujourd’hui ma petite fille a 2 ans. Elle représente tout pour moi. Un jour, je me dis que je lui raconterais tout ça. En attendant, il m’aura fallu 1 an pour me retrouver et me sentir maman. Je pense que j’ai vraiment endossé ce rôle le jour de ses 1 an. Aujourd’hui, c’est une petite fille merveilleuse, et je le vois qu’elle est épanouie car dans le fond je me sens épanouie. Tout n’est pas parfait, loin de là, mais j’ai appris à lâcher prise. Et depuis, je sais que rien n’est figé, que c’est normal d’avoir du mal parfois…

Aujourd’hui, je me sens maman, je suis sa maman, et c’est tout ce qui compte.

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