Mon Post-Partum

dépression post partum

Vivre une dépression post partum.

Ma fille est née le 30 janvier 2018. Petite bouille chevelue d’à peine 2.5kg. A peine sortie son premier regard a été pour moi et là je me suis dit : « Ok, je suis foutue ! ». Je l’ai tout de suite aimé. Chaque fibre de mon corps transpirait d’amour pour elle et je sentais déjà que plus rien ne serait comme avant.

J’étais émerveillée et terrifiée. Je voyais mes à priori se déconstruire un à un et mes repères s’effacer devant mes yeux. Mes émotions étaient décuplées. Je me sentais déstabilisée et l’entendre pleurer générait en moi beaucoup d’angoisses. J’avais à chaque fois cette sensation que l’on m’arrachait le cœur et c’était d’une extrême violence. Je voulais l’allaiter mais la mise au sein était trop douloureuse alors j’ai choisi de faire un tire-allaitement. C’était ce qui me correspondait le mieux. 

CE N’EST QUE QUELQUES SEMAINES APRÈS ÊTRE RENTRÉE À LA MAISON QU’INSIDIEUSEMENT LE MAL-ÊTRE S’EST INSTALLÉ.

J’avais cette sensation de lourdeur en moi, comme si tout mon passé difficile était remonté et m’envahissait. Comme si être devenue mère avait tout changé en moi et que je ne connaissais pas cette étrangère cernée que je croisais devant le miroir.

Ma fille était devenue mon tout et moi je n’étais plus rien.

Je ne ressentais plus rien pour personne, sauf pour elle. Je ne dormais plus. J’étais en hypervigilance tout le temps. J’avais sans cesse peur qu’il lui arrive quelque chose et je la surveillais en permanence. J’étais persuadée que si je la quittais des yeux elle pouvait mourir dans son sommeil et ces pensées morbides me hantaient.  Le stress était devenu mon meilleur ami et la sérénité de ma grossesse s’était envolée. Je me suis beaucoup isolée car les critiques des autres m’étaient insupportables et je vivais mal ce décalage entre nous. Je me sentais très seule, plus envie de rien, plus de goût pour des choses qu’auparavant j’aimais. Et je pleurais énormément, plusieurs fois par jour. J’étais très triste sans comprendre vraiment d’où venait ce sentiment.

C’EST VRAI, J’AVAIS UN MAGNIFIQUE BÉBÉ EN BONNE SANTÉ, UN CONJOINT AIMANT, UNE MAISON, J’AVAIS TOUT POUR ÊTRE HEUREUSE. ALORS POURQUOI JE NE L’ÉTAIS PAS ? POURQUOI CETTE BOULE DANS MA GORGE NE DISPARAISSAIT-ELLE PAS ?

Un poids trop lourd à porter… Je culpabilisais énormément de cette situation, de faire vivre ça à mon entourage, à ma fille. Mon couple vacillait… on enchainait les disputes et les incompréhensions mutuelles. J’étais irritable et souvent agressive.  Mes uniques ressources internes étaient pour ma fille, je lui ai tout donné. Elle avait un RGO (reflux gastro-oesophagien) interne ainsi que des coliques et pleurait beaucoup, je devais la bercer pendant des heures pour l’apaiser et l’aider à s’endormir. Je tirais mon lait toutes les 3h jour comme nuit, ça a contribué, je pense aussi, à mon épuisement. J’étais à bout. A bout de nerfs, à bout de ressources, à bout de mon envie de vivre certains jours…

J’étais en colère et je me disais que je n’avais pas signé pour ça. Je me demandais ce que j’avais loupé pour en arriver là. Je me sentais nulle, stupide et je me disais que j’avais un problème et qu’il fallait que je me ressaisisse pour passer outre. 

Lorsque j’ai repris le travail à 3 mois post-partum (infirmière dans un service de réanimation néonatale) je n’ai tout simplement pas pu. Mon corps était là devant ces scopes et ces incubateurs mais mon esprit, lui, ne l’était plus.

Je n’étais plus capable, c’était au-delà de mes forces et ça me déchirait de l’intérieur de ressentir ça.

Alors, après une journée de garde, je suis allée voir la cadre en larmes pour lui dire que je ne pouvais plus faire ça. J’ai été arrêtée un mois puis j’ai repris (car je n’ai pas trouvé autre chose) mais uniquement en médecine néonatale. C’était très difficile… J’ai alors pris rendez-vous avec la psychologue de la maternité. J’étais persuadée que la source de mon mal-être était le travail et on parlait donc beaucoup de ça. Un jour, après un épisode avec des idées suicidaires je lui demande si elle ne pense pas que je pourrais faire une dépression et elle me répond que non, si je faisais une dépression je serais au fond de mon lit et pas devant elle… J’en veux beaucoup à cette personne aujourd’hui.

Car oui, j’étais en pleine dépression du post-partum et elle n’a rien vu. Je n’ai vu cette psychologue que 3 ou 4 fois puis elle m’a orienté vers un collègue en ville pour une psychothérapie. J’ai fait 3 séances. Cela ne me convenait pas vraiment. Sûrement aussi que je ne suis pas tombée sur les bonnes personnes et ce n’était peut-être pas le bon moment non plus. J’ai changé plusieurs fois de travail pour finalement prendre un poste d’infirmière dans un laboratoire d’analyses. J’étais incapable de prendre soin des autres, je n’y arrivais plus et l’implication émotionnelle m’était impossible.

J’étais vide, comme morte à l’intérieur. Le laboratoire était ce qu’il me fallait à ce moment-là. J’ai aussi été chercher des réponses auprès de ma mère avec laquelle j’ai toujours eu une relation toxique et destructrice. Après une confrontation très douloureuse j’ai définitivement coupé les ponts. La meilleure décision de ma vie. Je crois que j’ai beaucoup mis ma douleur et mes ressentis de côté.

JE VIVAIS AVEC LA DÉPRESSION DU POST-PARTUM EN ME DISANT QU’UN JOUR ÇA ALLAIT PASSER ET QU’IL FALLAIT QUE J’AVANCE.

J’étais beaucoup dans le « faire ». Je pense que j’évitais de trop réfléchir et de trop analyser la situation de peur de m’effondrer. J’ai beaucoup pris sur moi, je me suis beaucoup contenue, je me suis mise en pause et je me focalisais totalement sur ma fille, sur ces besoins à elle. J’avais à cœur de l’aider à construire son monde pendant que le mien était en ruines. Mon médecin traitant m’avait prescrit des antidépresseurs quand lors d’une consultation je lui avais parlé de mon mal être mais je ne les ai jamais pris. Je n’y arrivais pas. 

Quand ma fille a eu 2 ans je me suis sentie mieux, le temps avait fait son œuvre.

J’ai commencé à écouter des podcasts et à me renseigner sur les difficultés émotionnelles en post partum car j’avais besoin de comprendre ce que j’avais traversé. J’ai découvert ce qu’était la dépression du post partum et je me suis alors auto diagnostiquée. Je me suis beaucoup documentée et j’en ai parlé autour de moi aussi.

J’étais très en colère de ne découvrir toutes ces informations que 2 ans après et notamment l’association Maman Blues. Pourquoi personne n’en parle ? Pourquoi moi qui avait pourtant travaillé en maternité et néonatologie je ne connaissais pas tout ça ? Et puis j’ai eu une urgence de partager ce qui m’était arrivé et une volonté d’informer pour que cela n’arrive plus aux autres mères ou du moins qu’elles se sentent soutenues et moins seules. Alors j’ai créé mon compte Instagram @mal_de_meres et je me suis inscrite à des cours pour obtenir le DU « psychopathologie périnatale et développement précoce ». J’ai réellement envie de me dédier aux mères en post-partum et de les accompagner.

Mon projet professionnel futur est encore flou (j’ai pleins d’idées mais rien d’arrêté) mais ce qui est sûr c’est que cette cause m’anime comme aucune autre ne l’a jamais fait. Depuis 4 mois je suis une psychothérapie qui m’aide à assembler les pièces du puzzle, à comprendre l’essence de mon mal être en post partum et à me réparer et me reconstruire.

C’EST INTENSE, TRÈS DOULOUREUX CAR J’AI DÉCOUVERT DES ATROCITÉS SUBIES DANS LA PETITE ENFANCE MAIS C’EST SALVATEUR.

C’est la bonne personne et c’était le bon moment et je suis fière d’aller au bout même si c’est extrêmement difficile par moments. La psychologue que je vois m’a confirmée que j’avais bien fait une dépression du post-partum et l’entendre de sa bouche m’a apaisée. 

Vivre cette dépression du post-partum a été une des épreuves les plus difficile de ma vie. Pourtant j’en ressors grandie et plus forte. Mon regard sur la vie et sur les autres mères a changé. Je suis plus empathique, plus à l’écoute. Cela m’a permis d’aller creuser au fond de moi pour en ressortir le meilleur. Je suis ma version 2.0. J’ai changé mais je suis plus que jamais moi-même, je me connais bien mieux et je me respecte plus. Cela m’a donné du courage pour accomplir certaines choses et pour mettre fin à d’autres. Je me sens comme renouvelée et libérée. 

Aujourd’hui ma fille a un peu plus de 3 ans et je me sens bien dans ma maternité et parentalité. Je suis plus confiante et plus sereine. On a trouvé notre équilibre et je m’épanouis enfin. Je suis guérie, heureuse et fière d’être la mère de ma merveilleuse Mélodie. 

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