Mon Post-Partum

depression pré et post natale

Dépression prénatale et post-partum. Le parcours d’Anne-Myrtille.

De l’importance de soutenir les futures mamans et d’accompagner l’arrivée de bébé au sein des familles.

Je m’appelle Anne-Myrtille et je suis la maman de Cléo, une petite fille de 5 ans. Il en aura fallu du temps, beaucoup de temps, pour arriver à l’écrire fièrement.

Quelle femme à 30 ans n’a pas entendu cette petite musique lancinante de la maternité : « Alors quand est-ce que tu nous fais un bébé ? », comme si on fabriquait aussi simplement un bébé qu’un gâteau. Et puis quelle suite logique après avoir trouvé le mari, la maison et le travail ! Mais moi je ne suis pas prête et surtout je n’en ai pas envie. Tous ces amis avec des enfants en bas âges autour de moi, ça ne me fait pas rêver, pire, ça m’effraye. Fatiguée de ces bruits sourds, je cède à la pression sociale et familiale, tout en étant persuadée que mon corps rejettera un futur bébé. C’était sous-estimer les grandes capacités du corps humain. 2 mois, il faut 2 mois pour que je tombe enceinte. La découverte de ma grossesse est un choc titanesque qui m’entraine dans une chute vertigineuse.

Les premières sensations de la grossesse confirment mes craintes et mes peurs. Je sens rapidement que cette grossesse ne se passera pas comme celles idéalisées des magazines. Mais heureusement mon mari me montre dès le début qu’il sera là, présent et aimant quel que soit les circonstances.

La 1ère échographie ne fait que confirmer toute la distance qu’il y a entre ce qui se tisse dans mon ventre et ce que je peux ressentir. La vie et le désespoir s’entremêlent en moi. Heureusement ma première bonne fée, ma gynécologue, m’entend, m’écoute et m’accompagne. Elle me conseille de prendre contact avec une psychologue clinicienne spécialisée dans l’accompagnement ante et post natal. Je peux lui déverser ma colère et lui faire part de mes peurs les plus profondes. Car à qui peut-on dire que l’on souffre, que l’on est en rage, que l’on ne souhaite pas de bébé quand l’aboutissement d’une vie s’accomplit pour beaucoup par l’accueil d’un enfant.

Les cours de préparation à l’accouchement sont une nouvelle étape douloureuse.

Je me retrouve avec des mamans qui semblent aussi épanouies, que moi je semble dévastée. Je sors du 1er cours en larmes devant tant d’incapacité à m’approprier cette grossesse. Je raconte cette détresse à ma gynécologue qui me prescrit ces cours à domicile, dans le secret de ma maison. C’est à ce moment que je découvre à quel point les sages-femmes incarnent tout ce qu’il y a de plus doux et d’attentionnée pour une femme enceinte. Que d’écoute, de patience et de gestes prévenants.

Psychologiquement tout se dégrade. Physiquement tout va bien. Je travaille d’arrachepied, je voyage, je bouge et j’oublie bien souvent que j’ai un ventre, à tel point que je me cogne partout.

Malgré tout le soutien de mon mari, l’arrivée du bébé se prépare dans l’angoisse et la peur de l’inconnu. La date approche, le saut dans le vide aussi. La psychologue et les sages-femmes m’accompagnent au mieux pour le jour J, en espérant secrètement que de l’accouchement naitra une douce rencontre avec ce bébé.

Ma vie se déroule (presque) normalement. Début juillet, il fait beau, chaud et je déjeune au restaurant. Mais je dois faire vite le rendez-vous de contrôle à domicile avec la sage-femme (une autre riche idée de ma gynécologue pour me rassurer) approche. Je mange, je saute dans ma voiture, je cours pour rejoindre la maison, je m’installe sur le lit pour ce nouveau monitoring. Je reprends mon souffle. Je me laisse faire. J’attends. La question tombe : « vous ne sentez rien ? »…

Les contractions sont rapprochées, le col est dilaté. Je suis en plein travail et je ne le sais pas. Ce bébé arrive à petit bruit. Je m’effondre dans les bras de la sage-femme. Le moment tant redouté est là, maintenant. L’angoisse prend toute la place et envahie la pièce.

Les anges gardiens me suivent à la maternité. Ma gynécologue est là, un hasard de son agenda. Elle briefe toute l’équipe (je ne le saurai qu’après). Le travail et l’accouchement restent des souvenirs flous. Je suis hors de mon corps et cette femme qui accouche ce n’est pas moi. D’ailleurs ce petit bébé qu’on pose sur moi ce n’est pas le mien. Me voilà dans la chambre, seule avec cette étrangère. C’est la première fois de ma vie que je prends un bébé dans mes bras. Comment savoir quoi faire ? C’est la nuit noire, il y a de l’orage et je suis désemparée face à ce bébé qui pleure. Je n’ose pas appeler l’infirmière pour demander de l’aide ou mon mari qui est rentré à la maison pour quelques heures de sommeil bien méritées. Je ne veux pas déranger et puis toute façon une femme doit savoir quoi faire en telle circonstance. Je suis faible et incapable.

Le retour à la maison est un enfer, malgré tout l’amour et le soutien sans faille de mon mari. Ce bébé est une étrangère. Je pleure toute la journée. Je suis incapable de passer une seule minute seule avec elle. Il y a toujours quelqu’un pour m’aider. La famille et les amis, tout le monde est sollicité et prend part à ce sauvetage familial. Les quatre sages-femmes qui se relayent auprès de moi sont des petites bouffées d’oxygène quotidiennes.

Elles me rassurent comme elles peuvent. Je sombre. Je plonge. Je dois me rendre à l’évidence, je ne me relèverai pas seule. Elles nous parlent, à mon mari et moi, de l’Unité Parents-Bébé (UPB) de l’hôpital de Montfavet et évoque la dépression du post partum.

Elles sont les premières à mettre des mots sur ma souffrance. Je reprends un rendez-vous avec ma psychologue clinicienne. Je pleure plus que je ne parle. Je suis morte dans un corps de vivante. Je sors du rendez-vous. Je marche dans les rues bondées de festivaliers avignonnais mais je ne vois personne. Je veux fuir, ailleurs, loin de ce bébé. J’ai rendez-vous en urgence le soir même, à la demande express de ma psychologue, chez un médecin généraliste qui nous reçoit à 22h. Ce médecin est un de mes sauveurs. Il nous accueille mon mari et moi pendant 1h. Il comprend tout ce que je lui exprime. Il continue pendant de longs mois à me recevoir y compris le week-end. Il répond à mes emails d’inquiétude quand le bébé est malade ou quand la souffrance est trop grande. C’est ma béquille du quotidien. Il joue même le rôle de messager auprès de la pédiatre.

Tous ces professionnels me poussent à prendre attache avec l’UPB. J’ai peur mais j’accepte. Le premier jour est compliqué. Qu’est-ce que je fais là ? Je ne le sais pas encore mais cette équipe va sauver ma famille.

Alors qu’est-ce qu’on fait à l’UPB ?

Difficile à expliquer. On n’y fait rien de spécial mais tout ce qu’on fait à son importance. J’y viens tous les lundis. Quand j’arrive on m’accueille et on me décharge, au sens propre comme au figuré. Ma référente, Régine m’accompagne toute la journée. Avec Régine on fait des tours de poussette dans le parc qui est magnifique. On parle du dernier film qu’elle a vu, du livre qu’elle a lu. Je m’évade de ma prison mentale. Et de temps en temps elle en profite pour glisser un conseil : « peut être pourriez-vous lui donner à manger ? Vous sentez vous de la changer ? ».

En fait, elle m’aide à devenir maman ou plutôt à tricoter ce lien avec ma fille, tout doucement, maille par maille. Chaque lundi je suis capable de plus, de mieux, avec elle. Je viens à la rencontre de ma fille par l’intermédiaire de Régine.

 Alors avec du temps et beaucoup de patience on apprend à se connaître. Cléo est si gentille et patiente, elle attend que je sois prête et ne me brusque pas avec ses pleurs. Elle préfère me charmer avec son sourire et sa bonne humeur. L’UPB me permet également de bénéficier de soins massages qui m’aident à reprendre contact avec mon corps. Mais l’unité fait tellement d’autres choses merveilleuses : une psychologue accompagne mon mari pendant plusieurs semaines, les équipes accueillent mon papa pour une visite de la structure, Régine m’accompagne pour la visite de la future crèche de Cléo, l’assistante sociale me met en relation avec une association de TISF. Tous ces soutiens sont précieux pour reconstruire le champ de ruines qui nous entourent.

Le reste de la semaine j’ai donc le soutien d’une TISF à la maison, Noëlle. Elle me permet de reprendre possession de ma maison en accomplissant avec moi les gestes du quotidien. Elle me rassure et m’épaule sans jugement. Elle participe à ma reprise en main et à mon retour dans la vraie vie.

Je découvre alors Maman Blues, cette merveilleuse association de soutien aux mamans traversant une difficulté maternelle.

Voilà, je vois écrit noir sur blanc tout ce que j’ai traversé et qui me saute au visage. Elles sont si nombreuses ces femmes en difficulté et Maman blues les aide à faire face si justement et 24h/24h. Que c’est beau ce soutien entre femmes. C’est décidé je ferai mon maximum pour me battre à mon niveau, à leur côté pour qu’aucune femme ne se trouve sans soutien dans des moments d’une si grande violence psychologique.

J’ai entendu un jour le Docteur Dugnat dire que pour faire grandir un enfant il faut tout un village, que l’amour maternel seul ne suffit pas. Cette phrase a été si précieuse. Moi, j’ai bénéficié d’un village extraordinaire qui m’a aidée à faire grandir Cléo. Il a sauvé notre famille, ma fille et ma vie. Aujourd’hui je fais le vœu que toutes les femmes qui traversent cette difficulté maternelle aient un aussi beau village que celui qui a été le nôtre. L’UPB et tous ses professionnels qui travaillent en réseau sont des trésors qu’il faut préserver.

Dans mon village, j’ai également eu la chance d’avoir été épaulée par un mari, une famille et des amis aimants et soutenants. Ils ont été incroyables de patience. Ils ont pris sur eux pendant des mois. Ils se sont adaptés. Ils nous ont attendu en nous apportant tout leur amour au quotidien.

Je suis très fière et très heureuse de vous raconter cette histoire aujourd’hui. Cléo est une petite fille formidable. Elle est joyeuse, rayonnante. Elle danse et chante tout le temps. Ma plus belle victoire c’est quand on reparle de cette période ensemble et qu’elle me dit : « mais moi Maman, je t’aime, je t’ai choisie et tu es la meilleure maman du monde ».

Anne-Myrtille RIVOAL Le 20 octobre 2019

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