Mon Post-Partum

Mon Post-Partum : le témoignage d’Héléna

Jeune maman de 26 ans, j’habite dans la région Pays de la Loire.  Ma vie a pris un grand tournant lorsque mon fils, notre premier enfant, et est né au mois de juin. Un bébé confinement, tant attendu. Et bien que je sois puéricultrice dans la vie de tous les jours et que j’accompagne d’autres parents dans leur parentalité, être maman m’a fait me découvrir sous une autre facette, que je ne connaissais pas. « oh en étant puéricultrice, tu vas être une super maman ! Tu vas tout connaître ça va être plus facile du coup ! » euh, bah non en fait.

J’avais le droit à la culpabilité de ne pas savoir parce que je suis censée savoir. Tout le contraire même parfois. Il ne s’agissait pas des autres, il s’agissait de moi. Je n’étais plus puéricultrice, j’étais désormais maman. Avec mes interrogations, mes doutes, mes peurs, mon manque de confiance en moi, et surtout mon bagage émotionnel. 


« Oh en étant puéricultrice, tu vas être une super maman ! Tu vas tout connaître ça va être plus facile du coup ! » euh, bah non en fait

Héléna

C’était ma première grossesse. Désirée, enceinte au bout de deux tentatives, bébé est arrivé à nous sans difficultés et sans gros stress. La grossesse s’est très bien passée. Bon, j’avoue que le confinement a été particulier à vivre. Jamais je n’aurais pensé passer les 3 derniers mois de ma grossesse chez moi, sans lien social autre qu’avec mon conjoint.

Trouver le temps long, ne pas oser sortir de peur que le virus se jette sur moi ou bien de peur d’être jugée « quoi ? Elle est enceinte jusqu’au cou et elle va se promener dans la rue ? Quelle inconscience », des mots que je n’ai jamais entendus mais que j’arrivais à lire dans les yeux des gens que je croisait.

Très pesant, ce regard. 

Mon terme était le 16 juin. J’ai accouché le 17 juin à 6h19 suite à un décollement des membranes. J’avais rdv pour le jour de mon terme à 10h, un mardi. Pessimiste et pensant être déclenchée à J+5, je suis partie avec seulement mon sac à mains et mon dossier de grossesse.

Finalement je ne suis ressortie de la maternité que le samedi, avec mon bébé en pleine santé dans les bras, et un boulet au pied que l’on appelle plus communément « Fatigue ». 

Encore en lien avec le COVID, la journée passée seule a l’hôpital à été difficile à vivre, les contractions de travail ont été difficiles à vivre et à gérer « seule » même si les soignants étaient au top et que mon conjoint était là par visio. Il n’a été autorisé à me rejoindre que lorsque j’ai rejoint la salle d’accouchement juste avant la péridurale. J’ai attendu cette petite dernière pendant une heure car le médecin anesthésiste était avec une autre maman avant. La gestion de la douleur, que j’appréhendais beaucoup, a été très dure à encaisser.

Une fois soulagée à minuit, et enfin accompagnée du papa, nous avons attendu que notre petit bonhomme descende toute la nuit, pour une rencontre au petit matin.


Un accouchement pour moi parfait, avec des sensations mais sans vraie douleur, seulement de l’inconfort au passage des épaules, première poussée à 06h05 pour une naissance et un premier cri à 6h19, une sage femme et une auxiliaire adorables, accouchement au petit matin à la lumière du jour et sans personne d’autre que ces deux soignantes, mon conjoint et moi.

Sans doute un des plus beaux moments de ma vie. Tsunami d’émotions et de soulagement.



Le début d’un autre gros tsunami a été la construction de notre vie à 3 après, d’autant plus que nous avons déménagé alors que bébé n’avait que 3 semaines.

Un puits sans fond de fatigue. Alors certes le séjour à la maternité a été le début de la Fatigue avec un grand F. Mais je mettais tous les ressentis et les crises de larmes sur le compte de la chute d’hormones. Elle devait en effet y être pour quelque chose, mais bondiou que c’est difficile à vivre ! « J’ai tout pour être heureuse, je vais bien, mon bébé va bien, mais je pleure, pourquoi ?! Je devrais m’estimer chanceuse! » donc à ces pensées s’ajoutait un sentiment que je n’aurais jamais pensé ressentir à la naissance de mon bébé : la culpabilité. 

Oui la culpabilité, et tout le monde me renvoyait avec bienveillance que tout allait pour le mieux et que de ce fait je devais aller bien. Ouais, facile à dire. « Qu’est ce que vous devez être bien dans votre nouvelle maison tous les 3 ! » Euh comment te dire, c’est crise de larme sur crise de larme pour moi tellement je suis à bout de mes ressources d’énergie, c’est de l’agacement mutuel entre mon conjoint et moi à nous dire des vacheries qui n’ont pas lieu d’être mais qui sortent comme tel avec l’agacement et la fatigue. « Une belle maison, un beau bébé, tout pour être heureux ! » qu’est ce qu’on a pu l’entendre. Dans le fond, c’est vrai.

Dans la pratique et la réalité, c’est totalement biaisé par cette p*** de fatigue, ce manque de sommeil, et un nouveau travail de recherche de repères que l’on avait commencé à trouver dans l’autre maison. Allez, on recommence. 

Mon fils a aujourd’hui 3 mois, je reprend le travail dans deux jours, et je dirais que nous commençons à sortir la tête de l’eau. Nous retrouvons des nuits normales sauf exceptions, nous mangeons à des heures correctes, nous avons un minimum d’organisation, nous nous sommes découverts en tant que parents, nous avons retrouvé aussi nos moments à nous, en tant que couple, nous en avions besoin d’ailleurs et nous nous le sommes dit, notre fils avait même pas un mois.

Le fait de le dire a relancé les choses tout doucement, nous avons repris naturellement les rapports, progressivement car j’avais un peu mal encore à mes déchirures mais mon chéri était tendre et nous n’y sommes pas allés comme des brutes dès le début bien sûr.
Après, j’ai conscience que chaque couple retrouve sa sexualité quand il le peut/veut.
Pour moi ça a a été moins d’un mois, pour d’autre ça peut être plus. Surtout ne pas se forcer. 

J’arrive à faire un peu de sport par ci par là et à manger de mieux en mieux, avec autre chose que du Uber eat parce que « il est 22h30, on a pas mangé, on est pas douchés et on a la flemme de cuisiner. »

J’ai également pris une grosse claque lorsque, en allant à la pharmacie le jour de notre retour à la maison de la maternité (pendant que Monsieur s’occupait de bébé), je me suis rendue compte que je n’étais plus enceinte

Un monde pas possible devant moi, mes jambes toutes flagadas et sans force, il a fallu attendre tant bien que mal. Fini ce regard bienveillant sur ce ventre rond et la politesse de te proposer de passer devant. Maintenant, tout ce que les gens devaient voir, c’était un espèce de bout de ventre à moitié rond et pendant laissant penser « elle est pas enceinte, elle est juste grosse ».

Il m’aura fallu un moment pour conscientiser mon changement de statut d’enceinte à plus enceinte. A cela s’ajoutait la nostalgie de mon corps de femme enceinte en regardant des photos, cette sensation de ventre vide, ne plus sentir les coups de bébé qui me faisaient pourtant bien crisé les derniers jours haha.

Je dirais qu’il m’a fallu un mois ou deux pour faire mon deuil de la grossesse.

Héléna

Le plus compliqué pour moi a été la privation de sommeil. Qui est d’ailleurs considérée comme une torture. Ah ça, on en parle pas pendant la « préparation à l’accouchement ». Tu sais, ce moment où tu t’écroulerais de fatigue mais noooon bébé en a décidé autrement. Et papa est au travail. Et ta famille la plus proche est à 200 km d’ici, tu n’as pas vraiment de relai. Sentiment de solitude. « Comment je vais faire pour survivre ». « Je n’ai dormi que 3h cette nuit, comment je vais survivre à cette journée ? ». 

Je ne sais pas si c’est comme ça pour tout le monde, mais j’ai un rapport très particulier à la fatigue. J’en ai peur. J’en ai peur car j’ai peur de mes réactions quand je suis très fatigué. 

Et ce post partum a mis en lumière une facette de moi même que je ne connaissais pas. Je me faisais presque peur. Mais je faisais de mon mieux. Chaque quart d’heure même moins de possibilité de sommeil étaient bon à prendre. Mais tu sais ce moment où tu as tout pour te reposer, papa est là, les boulez quies sont mises, tu es bien… et bah non ! Ton cerveau est au taquet, ta charge mentale est sur le point d’exploser, les taches se rajoutent les unes après les autres et ciao l’endormissement. Je ne compte même plus les échecs d’endormissement, que ce soit en sieste ou même la nuit. 

Arrêtons de banaliser le post partum et les débuts de maternité. Mettons en lumière ce QUATRIEME TRIMESTRE. 

Oui, j’ai vécu la naissance de mon fils comme la plus belle chose de ma vie, c’est magnifique de devenir parents et ce sont des moments exceptionnels et uniques : premier sourire, premier areuh, photos par milliers tous les jours, vous gaga… et j’en passe. Mais voilà, c’est pas facile, c’est pas inné, l’instinct maternel n’est pas donné à tout le monde et je me demande d’ailleurs si on peut peut être plutôt parler d’aisance et non pas d’instinct ? La parentalité, c’est dur.

Il faut arrêter d’idéaliser le post partum, il faut en parler, non pas dans l’idée de dégoûter les futurs parents, mais juste les préparer au fait que oui, ça va être dur. ce n’est pas que du bonheur comme tout le monde le dit, ce n’est pas que de belles photos de bébé qui sourit et gazouille. Parce que les moments durs, les crises, les engeulades, les nuits sans sommeil, les baisses d’estime de soi, ça on en parle pas et on le met pas sur les réseaux. 


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