Mon Post-Partum

vivre sa maternité a létranger

Vivre sa maternité à l’étranger.

Bonjour, Nihao, Sawadee ka,
Je m’appelle Sylvaine, j’ai 36 ans et je suis maman de Jude 3.5 ans et Soan 7 mois. J’ai eu deux grossesses extraordinaires mais deux accouchements très différents.

La Chine.


Pour Jude, nous vivions à Shanghai. En Chine les hôpitaux pour les étrangers sont tous privés et il y a beaucoup beaucoup de suivi (par exemple une écho tous les mois). J’avais aussi une sage-femme française qui faisait un double check et pour nous préparer à la venue de notre bébé. La sage-femme française était en libérale mais n’avait pas le droit de pratiquer d’acte médical en Chine.

Nous l’avons choisi car ça fait beaucoup de bien d’avoir quelqu’un qui parle français mais aussi qui peut te rassurer et faire des comparatifs avec ce qu’on fait en France. Par exemple les courbes de poids / tailles /évolution du bébé ne sont pas les mêmes en Chine et en France. J’ai eu une grossesse facile et j’ai pu voyager pour le boulot et vacances jusqu’à mon 8eme mois.


Me voila le jour de mon terme, les contractions arrivent à partir de minuit. Pas de doute c’est notre bébé qui pointe son nez. J’attends sagement à la maison comme on me l’a dit lors des cours de préparation à l’accouchement : les contractions doivent être douloureuses et régulières.


A 3h00 du matin, j’avais mal et c’était régulier donc je me dis qu’il fallait y aller.

On arrive à l’hôpital pendant la nuit, le médecin de garde ne parle pas anglais (encore moins français) mais je comprends très vite que je suis ouverte à 0 et que je dois rentrer chez moi. Erreur de débutante, nous remontons dans le taxi. Après 20 minutes de voiture, nous sommes de retour à la maison.

Là, je comprends la signification de contraction douloureuse mais je me dis qu’il vaut mieux que j’attende au maximum avant de retourner à l’hôpital. J’essaye de joindre ma sage-femme chinoise (Lin) (celle qui sera à mes cotés pour l’accouchement). Oui, en Chine nous pouvons joindre le gynécologue et la sage-femme (qui sera la même du début jusqu’à l’accouchement par SMS pour toute question et a n’importe quelle heure. C’est très très très rassurant). Pas de chance, elle est malade et a pris un médicament qui lui la fait dormir.

Elle m’appelle à 9:00, s’excuse et me rassure. Elle me demande de prendre un bain chaud. Ça a été horrible ! Me déshabiller puis m’allonger et surtout ressortir du bain, j’ai cru que je n’y arriverais jamais. A 10:00 je pleure à chaque contraction. Aucune position ne me soulage. On décide de
repartir à l’hôpital.


A mon arrivée je suis prise en charge par Lin. Mon gynécologue arrive très peu de temps après.

Il m’annonce qu’après toutes ces heures de souffrance je suis ouverte à 1.5 … Déception et épuisement.


Le gynéco et Lin me proposent une péridurale pour que je puisse dormir et reprendre des forces. La péridurale est posée 10 minutes au total après mon arrivée. Quel soulagement ! 3 heures plus tard je suis ouverte a 4, ça avance très lentement. On me demande mon autorisation pour percer la poche des eaux. Alors là Nous ne savons pas quoi répondre. Nous devons prendre les décisions nous-même.

En CN comme tous les actes médicaux sont facturés, ils doivent obtenir l’accord du patient. J’échange avec la Lin et nous donnons notre accord. Le travail n’avance pas plus alors on me demande l’accord cette fois de me mettre de l’ocytocine. J’accepte aussi.
Ça y est je suis à 10 !!!! mais Jude a décidé de rester en haut ahahaha la coquine. Alors on me propose d’attendre qu’elle s’engage. Au bout d’une heure elle est prête à sortir.

Finalement après 20 minutes de poussée, il est 22 :22, Jude est la ! On me la pose sur moi. Quel bien être.

Mais là, je ne le savais pas encore mais va commencer la partie la plus dure : Elle ne prend pas bien le sein.

Les infirmières me tirent le téton pour lui mettre dans la bouche. On me dit que je ne la nourris pas bien. Jude veut rester coller à moi pour des tétées de plus de 3h. Il n’y a pas de conseillère en lactation. Ma sage-femme française est en congé. Jude est née pendant le nouvel an Chinois. Nous sommes seul et désemparé.

Je ressemble à une maman enceinte de 5 mois ! En effet, je n’avais jamais pensé à l’apparence de mon corps post accouchement.

Je suis exténuée et pleure.

« L’ instinct  » maternel n’est pas innée comme on l’a tant répété.


Je fais exactement tout comme on m’a appris au cours d’allaitement et je me répète sans arrêt ce que l’on m’a dit : « toutes les femmes peuvent allaiter et ont du lait » Jude perd 14% de son poids, nous sortons de l’hôpital avec Jude et mon mari. Par chance il va pouvoir rester avec nous 6 semaines. Je pleure tous les jours, Jude me sourit. Je me dis que je suis une mauvaise mère et que je ne vais pas y arriver. J+4 on va chez le pédiatre. Il nous écoute et nous aide de son mieux en prenant en compte notre choix d’allaitement exclusif.


J+10 le poids de Jude arrête de chuter … on fait des tétées de 3 heures par sein avec un pause de 20 minutes entre chaque. Je me dis que je ne vais pas y arriver.
J+12, la sage-femme française, vient nous rendre visite. Je pleure constamment … Elle me rassure et propose de faire du 20 + 20 puis de tirer mon lait. Pendant que je tire mon mari nourrit Jude à la seringue.
Je peine à avoir 20ml en 30 minutes. On essaye 3 marques de tire lait mais ça ne change rien. Je pleure encore et encore. Nous avons fait ça pendant 1 mois. C’était difficile et long mais finalement je l’ai allaité exclusivement jusqu’à ses 4 mois. Après nous avons commencé la diversification. Jude s’est « remplie » et elle a fait ses nuits à 4.5 mois.


Ma grossesse a été tellement facile que je n’ai réalisé que j’allais avoir Jude que lorsque l’on me l’a mise dans les bras. J’ai vite déchanté après. Tout ce qu’on m’a appris et lu dans les livres et que j’essayais d’appliquer exactement à la lettre ne fonctionnait pas. Moi qui aime tant être dans le contrôle je me suis retrouve désemparée.


Jude à maintenant 3 ans et demi et tout ça est derrière nous.

La Thaïlande


Le système est similaire à celui de la Chine : Hôpital privé, gynécologue disponible par SMS. Je me souviens très bien de mon premier entretien avec ma gynéco qui me demande si je veux accoucher par voie basse ou par césarienne. Je suis très surprise. Elle m’explique que 70% des accouchement en
Thaïlande se font par césarienne pour éviter la douleur. Je lui réponds que je voudrais un accouchement par voie basse. J’y suis arrivée la première fois donc je n’envisage pas autre chose.


En parallèle je me renseigne, ici il n’y a pas de sage-femme française ni de sage-femme référante à l’hôpital. Je me mets donc à la recherche d’une doula pour pouvoir m’accompagner car j’ai besoin d’être rassurée et d’avoir un avis extérieur. Ma gynécologue accepte qu’elle soit présente pendant l’accouchement. Tout est cadré mais voilà j’aimerai faire face a mes contractions et retarder la péridurale au maximum. Ma voisine me parle de NAITRE ENCHANTE. Je regarde, je me renseigne et je me lance.


Tout comme ma première grossesse je me sens assez bien.


Arrive le terme de ma grossesse mais notre bébé n’a pas décidé de venir … T+ 10 j’ai des contractions qui commencent à 3h00 du matin. Youpiiii je suis prête et surtout je l’attendais depuis 10 jours. Il est 3h00 du matin, je fais mes vibrations de naitre enchanté dans le salon et je me dit que j’irai
réveiller mon mari vers 5 :00 heure. Il est 5 :00, je le réveille et je lui demande d’appeler la doula et la nounou de pour s’occuper de notre fille. Je me charge de la gynéco. Il est 6:00, la doula et la nounou sont arrivées. Nous prenons le chemin de l’hôpital.
On arrive à l’hôpital, les contractions sont super fortes. J’ai le droit a un test COVID de bienvenu entre 2 contractions. Ma gynécologue me regarde et là, grande surprise, je suis à 5 ! Youpiiii


Je pleure, je hurle à chaque contraction mais je suis super contente.

J’ai atteint mon objectif premier ; avoir une péridurale après une dilatation à 3. On me pose une péridurale. 2 heures après je suis ouverte à 7. On patiente. 4 heures après je ne suis qu’a 8. Les contractions deviennent inefficaces. On me demande si je veux de l’ocytocine. J’accepte car je me souviens que j’en avais eu en Chine. 1h30 plus tard, mon col est toujours à 8. Je change de position, on me vide la vessie. Rien n’y fait je suis toujours à 8.


Le bébé est stable et ne montre aucun signe de faiblesse mais ma gyneco m’annonce qu’elle voudrait faire une césarienne. Je pleure. Je ne comprends pas pourquoi. Elle voit mon désespoir et essaye de m’ouvrir manuellement en me faisant pousser. Ça ne bouge pas. Je dois donner mon consentement pour qu’on me fasse une césarienne. Elle me dit que si on attend longtemps je risque une déchirure de l’utérus. Je n’y connais rien, je suis perdue et démuni.

J’ai l’impression qu’on me vole mon accouchement.

Je finis par accepter mais je me demande pourquoi je n’arrive pas à donner naissance à mon bébé comme la première fois par voie basse. L’équipe du bloc me voit pleurer. Ils s’arrêtent tous et viennent autour de moi le temps que mon mari puisse me rejoindre. Je pleure encore et toujours. Ils me donnent
mon téléphone pour que je puisse mettre ma musique. Ils sont tous très souriant et gentils.

Je n’ai pas peur de la césarienne car au vu de leur taux de césariennes ils doivent maitriser mais je n’accepte pas de ne pas avoir pu donner naissance a mon fils par voie basse. Je me demande ce que j’ai mal fait et surtout ce que j’aurai dû faire.


15 minutes plus tard, mon bébé sort. Il est 17 :30.

On m’avait promis un peau a peau mais mon bébé s’en va car il a un peu de fluide dans les poumons. Je ne le vois pas. Je rassure mon mari et lui demande de suivre le bébé. Il demande des nouvelles du bébé car il n’a pas le droit d’entrer dans la nursery. On lui répond de ne pas s’inquiéter et que le bébé n’est pas mort. Il est sous le choc.
On me place en salle de réveil. Je demande à voir mon mari et des nouvelles du bébé. Après 15 minutes à insister et après avoir fait une visio en salle de réveil, il peut venir me voir.


Il est 20 :00 on me remonte dans ma chambre. Soan arrive a 21 :00. Je pense que j’ai tellement soulé les infirmières qu’elle finisse par me l’emmener. En Thaïlande, le bébé ne reste pas avec la maman car elle doit se reposer. Le bébé est emmené uniquement toutes les 3 heures pour l’allaitement. Il a une
puéricultrice dédiée qui s’occupe de lui et qui le berce constamment ….

J’avais convenu avant mon accouchement que je voulais mon bébé avec moi et cela m’avait été accordée. Soan est avec moi, je suis heureuse. Il prend très bien le sein sous le regard bienveillant de la conseillère en lactation. C’est vraiment le point positif. Toute l’équipe est au petit soin. Il y a même un Menu ou l’on me demande de choisir mes repas. Mon mari me rejoint a 22 :00. Il est parti voir notre fille qui est restée chez nous avec sa nounou.


Je déchante très vite quand on me dit que je dois rester allonger 24h et que je réalise que je ne vais pas pouvoir prendre mon bébé toute seule car la césarienne me fait mal.

Je suis toujours en colère contre moi-même. Si j’avais réussi l’accouchement par voie basse, si j’avais … mais voila je ne saurai jamais si la césarienne était ma seule option et je dois vivre avec ça. Je suis fâchée alors après 24h je demande à me lever car je veux redevenir autonome. Ma fille vient nous rendre visite et découvrir son frère. Je cache la sonde urinaire et essaye de lui montrer que je vais bien. Le lendemain, elle revient nous voir un peu plus longtemps. Je peux me lever mais elle me demande pourquoi je suis si lente. Ça tire, ça fait mal mais je lui souris.


Soan est un super bébé. Au bout de 2 jours il reprend son poids de naissance. Ça me fait du bien au moral.
Jours 3 : c’est le jour de la sortie. Nous rentrons chez nous. Je refuse de raconter mon accouchement à ma famille. Je ne comprends toujours pas comment j’en suis arrivée la et surtout je ne l’accepte pas. Cela étant dit, je dois avouer que passé les 48H couché, je me rétablis bien plus vite que pour Jude. J’ai
beaucoup moins de douleurs que j’en avais eu pour Jude. Maintenant nous ouvrons une nouvelle page de notre vie a 4. On attend toujours une levée des
restrictions pour venir en France présenter Soan à nos familles.

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