Mon Post-Partum

hysterectomie

L’hystérectomie: L’incroyable post partum de Clémentine.

Je m’appelle Clémentine, j’ai 30 ans, j’habite en Seine et Marne avec mon compagnon Jérémie et nos 2 chats, Neutron et Maohri. Fin 2019, avec mon conjoint nous nous apprêtons à emménager dans notre maison. Et nous sommes d’accord sur une chose, nous souhaitons devenir parent pour 2020.


Je suis tombée enceinte dès fin février et l’ai appris le vendredi 13 mars, au début de la pandémie de Covid 19. Mon entreprise fermera ses portes dès le lundi pour le 1er confinement et finalement, je ne retournerai pas là bas avant mon accouchement.

J’ai eu une grossesse sans problème, un peu de tension au début mais vite passé et un léger diabète, géré grâce à un régime approprié. Une grossesse sans encombre, je profitais de mon petit gars, lui parlais, chantais des chansons et jouais avec lui quand il tapait et poussait sur mon ventre. 
C’était vraiment une grossesse de rêve.


La sage femme que nous avions choisi, nous avait fait participer à un cours de 2h sur le post-partum. Elle avait essayé de répondre aux maximum de questions de chacun et en même temps de nous expliquer au mieux le 4ème trimestre, le post-partum, la chute d’hormones. Et tout se qui pouvait arriver après. Comparé à certaines amies, enceinte à peu près à la même période, je me sentais prête, renseigné. Si j’avais la moindre question, j’envoyais un sms à ma SF ou son accompagnatrice à la naissance, et j’obtenais rapidement des réponses. Moi ou mon conjoint d’ailleurs. Je me sentais bien, parée à toutes éventualités et entourée pour y faire face.


J’avais de base prévu un AAD avec mon conjoint, malheureusement rien ne s’est passé comme prévu.

J’ai fissuré ma poche des eaux le 20 novembre et 48h après, rien n’avait bougé. Pas une contraction, rien, du coup direction la maternité pour un déclenchement. L’équipe était vraiment géniale, malgré le contexte et le fait que Jérémie n’est pas peu rester avec moi. Déclenchement par Propess horrible, contractions par les reins pendant 8h jusqu’à la péridurale, puis j’essaie de me reposer un peu. Jérémie m’a rejoint au moment de la péri et il restera avec moi jusqu’au bout.

A 12h, on m’annonce que je suis à dilatation complète mais que bébé est encore haut, du coup on attend un peu avant de commencer à pousser.

A 14h on tente les poussées, j’ai mal dans les côtes et en fait part à la sage femme présente. Bébé bouge bien et elle suppose qu’il doit pousser sur mes côtes. On s’installe dans le rire et la bonne humeur et vient une contraction, c’est le moment de pousser. Rien. 2ème, toujours rien.

3ème essai, non, bébé reste haut et ne semble pas décidé à s’engager. Elle appelle la gynéco de garde. Elle arrive, se présente et regarde, bébé est haut et pour elle, il ne passera pas car il a pris une mauvaise position. La décision d’une césarienne est donc prise, mais ça ne me fait pas forcément plus d’effet que ça, je m’y était préparée et au final, ce n’est qu’une simple opération, non?

On m’aide à m’installer sur le brancard. Je jette un regard à Jérémie et lui dit en rigolant à tous de suite ! On m’installe sur la table d’opération, la bonne humeur est de mise, les personnes présentes rigolent , se présentent , font des blagues.

L’anesthésiste arrive et me demande si je veux être gazée ou endormie pour ne rien sentir du tout. Pas le temps de répondre l’opération a déjà commencé, il me regarde gêné: « -vous avez senti quelques chose ? – non – tant mieux ! » et nous continuons comme ça. J’entends les infirmières s’affairer autour de moi et la gynéco pester car bébé s’est mis en travers de mon ventre, étendu de toute sa longueur.

Même pas 2 minutes après, je l’entends pleurer, nous sommes le 23 novembre 2020, il est 14h38 et Milo est née.

On me le présente, il est beau comme un coeur, tout chaud et je trouve qu’il sent bon la vanille. Je l’embrasse et lui fait pleins de câlins en lui disant que je le rejoint vite et que je l’aime, on me l’emmène et je pleure de joie. Je profite de la fin de l’opération pour somnoler et dormir un peu.

Quelque chose ne va pas…Le personnel autour de moi est stressé et court, malgré mon état somnolant je le sens. Un des gynécos présent râle en m’appuyant sur le ventre, ça me fait mal.

Je me réveille en sursaut, qu’est ce qui coule entre mes jambes ?! Je ne peux pas y croire, ça ne s’arrête pas ! C’est la panique autour de moi…

« -Vous me faites mal, qu’est ce qu’il se passe? au secours, aidez moi, s’il vous plait!

– Désolé, c’est pour votre bien » .

C’est la seule réponse que j’aurais…Je suis paniquée, je pleure, je tremble de tout mes membres et je supplie qu’on me vienne en aide, je me vide de mon sang…

Tous le monde court, panique, je les entends parler frénétiquement, demander de l’aide, une infirmière arrive à mes cotés et me caresse les cheveux

« -madame respirez, on va vous sauver, je suis désolé, tout va bien se passé ! » ce sont les derniers mots que j’ai entendu avant que l’on se décide à m’endormir. Jérémie, ma maison, mes chats, ma famille et Milo, ce sont les dernières images qui m’ont traversé l’esprit, je suis en train de mourir…


« -Madame ! Enfin vous vous réveillez ! »

Enfin ? Comment ça ? Où suis je ?

« Ne bougez pas, je vais vous enlever les cathéters et l’intubation, je m’appelle Max et suis votre infirmier ».

Il me trifouille le bras, puis le cou et enfin, m’enlève le tuyau qui m’entrave la gorge. Je ne peux plus parler, où suis-je? Où est mon fils ? Que se passe-t-il?

« -Vous êtes au Kremlin Bicêtre, je vais appeler la gynéco, elle va vous expliquer… »

Je sens au son de sa voix que ça ne va pas, j’ai peur de ce qu’on va me dire, intérieurement je ne suis plus là. J’ai pas mal mais je ne me sens pas à l’aise, pourquoi suis-je au Kremlin ? Qu’est-il arrivé ? Mon bébé ? Jérémie ? Je suis seule et j’attends….Max reviens, il est gentil et doux, me propose un peu d’eau, la gynéco apparaît…

« -Madame, tout d’abord je suis vraiment heureuse que vous soyez réveillée, vous avez eu un grave accident, une grave hémorragie. Mes collègues de Melun, on fait tout pour vous maintenir en vie ! Malheureusement ils ont dû prendre une grave décision…. Madame, je suis désolée, mais on a du vous enlever votre utérus… »

Cette phrase sonne comme un coup de poignard, un hurlement étouffé s’échappe de ma gorge et je pleure… Max me regarde, désolé et me serre la main doucement. 


Jérémie me rejoindra un peu plus tard et m’expliquera un peu en détail ce qui est arrivé. Je l’écoute sans vraiment être là, je me sens vide, sans émotion. Le soir même, on me ramène à Melun.

Milo sera installé confortablement en néonat pendant une semaine, moi je passerais 3 jours en réanimation sous surveillance. Puis je serais transférée un peu plus d’une semaine en maternité. Je ne récupèrerais mon bébé qu’une semaine après sa naissance, mais ça me fait peur, je ne me sens pas maman.

Je ne me sens pas digne de lui, contente qu’il soit là mais en même temps, je n’ai pas envie de le voir…

On me l’a présenté le lendemain de mon retour, soit 2 jour après sa naissance. J’étais contente de le voir, mais d’un autre côté je n’en avais pas envie… Je voulais être seule. Je pleurais toute la journée, heureusement que les infirmières et Jérémie, qui avait un passe droit en réa, m’apportaient un peu de réconfort. Le personnel hospitalier se succédait dans ma chambre, médecins, infirmières, auxiliaires. Tout le monde venait prendre de mes nouvelles, m’ausculter et s’excuser de ce qui était arrivé. Tout le monde était aux petits soins pour moi. 


Je me sens mal, je ressemble à un bibendum et je suis faible. De plus, moi qui voulait allaiter, je me dis que c’est foutu…. Je suis déprimée, je n’arrive pas à encaisser le fait que j’ai failli mourir, que je me suis sentie mourir. Mais surtout que j’ai perdu mon utérus, que je ne pourrais plus jamais donner la vie….. Je m’en veux, j’en veux à la vie, je ne me sens pas digne d’être maman….

Tout le monde me répète, que c’est passé, c’est fini, j’ai un fils et que je dois aller de l’avant, même la psy de l’hôpital ! Qui se permet d’ailleurs, des réflexions sur mes chats, mon bébé et plus tard, mon allaitement. Une des SF qui me surveillait était d’une très grande bienveillance et c’est elle, qui m’a mis en confiance pour lancer mon allaitement et qui m’a redonné un peu de douceur dans ces jours tourmentés.

Malgré tout ça, 5 mois après j’allaite toujours, avec un bout de sein certes, des hauts et des bas aussi, mais j’allaite et je redoute le jour ou je devrais arrêter. 
A mon retour à la maison, je me suis sentie heureuse de rentrer mais j’avais du mal à accepter mon nouveau rôle de mère et mon bébé.

Malheureusement je me suis vite sentie seule et abandonnée, la psy de l’hôpital ne m’a plus jamais contacté. J’avais des tas d’examens à passer pour vérifier mon état de santé et que tout allait bien. J’ai eu des soucis avec ma cicatrice qui ne se refermait pas, tout ça ne m’aidait pas à relativiser et je me sentais de plus en plus mal. Milo est un bébé tranquille, il ne fait jamais de colère ou de grosse crise, il est calme, éveillé, fait de bonne sieste. C’est un bébé adorable et ça m’aide à tenir le coup. 


Mon entourage essaye de se montrer bienveillant, mais certains estiment que je ne dois plus en parler, que je dois passer à autre chose, que si je suis mal c’est à cause des hormones et que ça passera. Notamment que mon bébé est beau et en bonne santé, donc que je n’ai pas à être mal, que tout va bien.

Ces remarques me mettent mal, me font me sentir coupable d’être déprimée, mal en point. Je n’ose plus en parler. Pour certains, je ne dois pas en parler car je ne dois pas effrayer les futurs parents de mon entourage. On m’a même dit qu’au moins, j’avais la chance d’en avoir un et qu’après tout, si on en voulait un 2eme, on avait qu’à adopter. Je me referme sur moi…. Tous les soirs j’y repense, je regarde mon fils et je me dis que j’ai failli l’abandonner, je culpabilise. Les insomnies se suivent, je rumine en pleurant en silence pour ne réveiller personne. 


Jérémie me soutient, il s’occupe de beaucoup à la maison et essaye de me réconforter comme il le peut. Il est vraiment parfait et même si parfois il me tape sur les nerfs, il fait tout pour adoucir mes jours et me rendre heureuse de nouveau. Je sors beaucoup me promener avec Milo, j’ai besoin d’être seule. Je mettrais plus d’un mois et demi pour accepter mon fils. Et aujourd’hui encore j’ai du mal à accepter mon rôle de mère.


Début février, je me rends chez ma médecin traitant pour refaire des examens. Elle lit les compte rendus d’opération et se tourne vers moi

« -Comment vous sentez vous ? – Bien – Vous êtes sur ? », je m’effondre….  


Outre mon conjoint, elle est la première depuis un petit moment à me dire que ce qui est arrivé est grave. Que c’est normal que je n’aille pas bien, que j’ai du mal à accepter mon fils, mon corps et mon nouveau rôle de mère. Que ce n’est pas juste hormonal.

Depuis je suis suivie et sous médicaments légers, pour ne pas replonger. Maintenant, je n’hésite plus à dire « non je ne vais pas bien » et à envoyer bouler ceux qui essaient de minimiser ce qui m’est arrivé.

Ce qui m’est arrivé est exceptionnellement grave, j’ai failli ne pas revenir. Mais ce n’est pas quelque chose qui arrive tous les jours non plus et heureusement. J’y pense tous les jours et j’y penserais sûrement toute ma vie….


5 mois après, je pleure encore, je m’en veux encore, je ne supporte pas que l’on me touche le ventre. Et je ne m’accepte toujours pas, surtout la cicatrice en forme de T inversé. Je suis suivie par une nouvelle psy qui me réconforte et m’aide. Mon fils est devenu la prunelle de mes yeux, mais ça n’a pas été facile de l’accepter. Je commence à voir une lueur au bout du tunnel et le chemin est encore long.

Pour avoir vu pas mal d’accouchement autour de moi. Je peux dire que chaque post partum est différent, certaines femmes vont très bien le vivre et tout ira très bien, d’autres non, voir même jusqu’à rejeter leurs enfants… Ne pas rester seule, demander de l’aide est important.

Et si on vous dit que ce n’est rien, pas grave, que ça passera, aller voir ailleurs, ce n’est pas la bonne personne.

Comments

  • Daisy
    13 mai 2021

    Sacrée force pour surmonter cette Épreuve qui a du être affreusement douloureuse, bravo à vous! Je vous envoie plein de chaleur et vous souhaite plein de bonheur pour la suite!

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